Une nouvelle étude pointe du doigt les cinq gouvernements qui financent le plus la pêche lointaine, ainsi que les dégâts occasionnés

Les membres de l'Organisation mondiale du commerce devraient mettre fin aux subventions néfastes pour le bien de l'océan et des flottes de pêche locales

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Une nouvelle étude pointe du doigt les cinq gouvernements qui financent le plus la pêche lointaine, ainsi que les dégâts occasionnés
Des bateaux de pêche prennent la mer à Zhoushan, en Chine. Une nouvelle étude révèle que les pays qui subventionnent le plus la pêche dans le monde figurent également parmi les plus actifs dans le domaine de la pêche lointaine.
VCG via Getty Images

Les 70 bateaux de Papouasie–Nouvelle-Guinée qui ont pêché du thon dans les eaux de cette nation insulaire en 2018 n'étaient pas les seuls sur place : plus de 150 bateaux de pêche supplémentaires, tous originaires d'autres pays, ont afflué dans la zone économique exclusive (ZEE) de la Papouasie–Nouvelle-Guinée, évinçant de nombreux pêcheurs locaux du pays qui se sont retrouvés désavantagés sur le plan économique.

Ces flottes étrangères ont bénéficié de subventions néfastes d'un montant estimé à 251 millions de dollars, qui leur ont été allouées par leurs gouvernements nationaux, d'après une nouvelle étude financée par The Pew Charitable Trusts et menée par d'éminents économistes de la pêche de l'Université de Californie à Santa Barbara. Cette étude propose un atlas des activités de pêche qui montre la valeur estimée des subventions néfastes permettant aux flottes de pêcher bien au-delà des eaux de leur pays d'origine, notamment en haute mer.

Dans les eaux de la Papouasie–Nouvelle-Guinée plus que partout ailleurs dans le monde, les subventions néfastes accordées aux flottes étrangères pratiquant la pêche lointaine favorisent une pêche accrue. Le secteur de la pêche du pays est une importante source de revenus. Par ailleurs, une grande partie de ces activités sont concentrées près des côtes de Papouasie–Nouvelle-Guinée, où les familles et les communautés de pêcheurs locaux dépendent de la pêche pour leur subsistance.

Or, ce problème n'est pas propre à la Papouasie–Nouvelle-Guinée. D'autres pays en développement font souvent les frais des subventions allouées aux activités de pêche lointaine. Cette situation découle d'un scénario tristement familier : après avoir pratiqué la surpêche dans leurs propres eaux, les gouvernements dotés d'économies fortes, comme la Chine et l'Union européenne (UE), subventionnent leurs flottes pour leur permettre d'aller pêcher dans les eaux de pays en développement. Sur les cinq ZEE de la planète les plus exposées à la pression de la pêche lointaine subventionnée, on compte trois pays en développement, les deux pays les plus affectés (Papouasie–Nouvelle-Guinée et Micronésie) étant considérés comme de petits États insulaires en développement par les Nations unies.

Bien que la surexploitation des océans ait été démontrée par les scientifiques, les gouvernements dépensent encore plus de 22 milliards de dollars chaque année en subventions néfastes allouées à leur secteur de la pêche. Les subventions deviennent préjudiciables lorsqu'elles accroissent la capacité de pêche et permettent aux navires de naviguer plus loin, de rester en mer plus longtemps et de pêcher plus de poissons qu'ils ne le pourraient en temps normal, exploitant ainsi les populations de poissons au-delà des niveaux durables. En outre, ces activités subventionnées peuvent exacerber les inégalités pour ceux qui se trouvent déjà en situation défavorable dans le secteur de la pêche.

Les flottes de pêche lointaine ont tendance à profiter bien davantage de ces subventions que les flottes locales. Les flottes de pêche lointaine ciblent souvent des espèces de grande valeur en haute mer (ce qui, en soi, peut déjà contribuer à la surpêche), mais empiètent aussi souvent sur les ZEE, où elles capturent des poissons que les flottes locales seraient susceptibles de pêcher. L'étude fait par exemple remarquer que plus de 630 millions de dollars sont alloués sous forme de subventions à la pêche néfastes par 24 États de pavillon pêchant dans l'océan Pacifique Sud-Est, où les quatre pays en tête de liste (Chine, Japon, Espagne et Corée) sont responsables de 93,5 % (plus de 589 millions de dollars) de l'ensemble des efforts subventionnés.

Par ailleurs, le nouvel atlas des subventions révèle une étroite corrélation entre les pays qui accordent le plus de subventions néfastes et les cinq principaux gouvernements responsables des flottes de pêche lointaine les plus subventionnées. En 2018, la Chine, l'UE, le Japon, la Corée et Taïwan ont dépensé 1,5 milliard de dollars en subventions néfastes et 2 milliards de kilowatts par heure (l'unité de mesure utilisée officiellement par les Nations unies pour mesurer l'effort de pêche) dans les eaux d'autres pays. Cela représente davantage que le total cumulé des dépenses et des efforts investis par les 130 autres pays pratiquant la pêche lointaine dans le monde au cours de la même période.

Les membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) peuvent mettre un terme à cette disparité. Des études montrent que, sans subventions, une grande partie des activités de pêche lointaine seraient économiquement inenvisageables. Une étude de 2018, par exemple, a révélé que 54 % des zones de pêche en haute mer ne seraient pas rentables sans ces subventions néfastes. Les membres de l'OMC, qui définissent les politiques relatives à ce type de paiements, pourraient voter pour mettre un terme aux subventions néfastes à la pêche, et ont d'ailleurs été invités à le faire dans le cadre des objectifs de développement durable des Nations unies de 2015 (objectif 14, cible 6). Au lieu d'opter pour le statu quo, l'adoption d'un accord multilatéral ambitieux entraînant une réforme des subventions pourrait contribuer à uniformiser les règles du jeu pour les pêcheurs et aider les populations de poissons à se reconstituer.

Après plus de deux décennies de négociations, les ministres du Commerce du monde entier se réuniront du 30 novembre au 3 décembre à l'occasion de la 12e conférence ministérielle de l'OMC à Genève, en Suisse. Ensemble, les gouvernements membres de l'OMC peuvent et doivent prendre les mesures qui s'imposent en mettant fin aux subventions néfastes à la pêche. Les moyens de subsistance des pêcheurs et des communautés côtières, qu'il s'agisse de la Papouasie–Nouvelle-Guinée ou du reste du monde, sont de plus en plus menacés par le déclin des populations de poissons. Pour garantir l'efficacité globale de l'accord final de l'OMC, il est essentiel de prendre des mesures visant à endiguer l'octroi de subventions néfastes aux activités de pêche lointaine.

Isabel Jarrett est directrice et Reyna Gilbert est associée principale du projet de The Pew Charitable Trusts visant à mettre un terme aux subventions néfastes à la pêche.