La France, futur leader mondial en matière de protection de l’océan ?

« Sans l’océan, il n’y a pas d’avenir pour l’humanité », souligne un expert. 

La France, futur leader mondial en matière de protection de l’océan ?
France's ocean

Les eaux cristallines de Polynésie, territoire d’outre-mer français dans le sud du Pacifique, sont extrêmement riches : elles abritent 21 espèces de requins et 1 024 de poissons.

© Shutterstock

Avec ses 11 millions de kilomètres carrés de territoire maritime, la France dispose aujourd’hui de la deuxième plus grande zone économique exclusive au monde. Un avantage qui lui donne l’opportunité de devenir un leader mondial en matière de protection du milieu marin. Bien que le pays compte de nombreuses côtes en Europe continentale, la plupart de ses eaux sont situées dans le Pacifique sud, l’océan Indien, la zone subantarctique et les Caraïbes. C’est d’ailleurs dans ces régions que la France pourrait participer activement à l’amélioration de la santé de l’océan en créant de vastes réserves marines hautement protégées, dans lesquelles toute activité extractive serait interdite.

Certains territoires d’outre-mer français sont déjà sur la bonne voie : l’année dernière, la population des cinq îles très lointaines des Australes au large de la Polynésie française a remis au gouvernement local un projet de réserve marine d’un million de kilomètres carrés. De son côté, la Nouvelle-Calédonie a lancé en février dernier un processus de consultation publique pour la gestion du Parc naturel de la mer de Corail.

Pourquoi l’enjeu est-il important ? L’océan, qui couvre plus de 70% de la surface de la planète, sert de refuge à des milliers d’espèces vulnérables. Il constitue aussi une source de nourriture pour des milliards de personnes et permet le développement d’activités économiques clés, comme la pêche et le tourisme, qui rapportent des milliards d’euros chaque année.

Mais aujourd’hui les effets néfastes des activités humaines sur l‘environnement marin mettent tout cet équilibre en péril. Evoluant tous les deux dans le milieu de la conservation marine depuis plusieurs années, nous avons pu voir ces effets de nos propres yeux : blanchissement des récifs coralliens, multiplication des débris en mer et notamment des filets de pêche à la dérive qui prennent au piège des mammifères marins, diminution du nombre de poissons capturés par les petits pêcheurs, et bien plus encore.  

Cela dit, nous avons également pu constater qu’à l’échelle internationale, les réserves marines hautement protégées – sans activité extractive ou nocive pour l’environnement – améliorent sensiblement la capacité de résilience des écosystèmes marins et permettent de préserver à la fois les espèces et leurs habitats.   

Aujourd’hui, seulement 3% de l’océan bénéficie d’un niveau de protection élevé en dépit de l’existence de nombreuses études scientifiques démontrant les bénéfices engendrés par la création de telles réserves marines, et la recommandation de l’IUCN prônant la protection totale de 30% de l’océan.

Conscient du besoin urgent d’augmenter la part de zones océaniques hautement protégées dans le monde et du rôle majeur que la France pourrait jouer dans ce processus, The Pew Charitable Trusts a organisé en novembre 2016 la conférence « Un seul océan : enjeux et solutions » à Paris, avec le soutien de l’Institut Océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco. Y étaient réunis plusieurs scientifiques français de renom, des experts en politique marine et des politiciens, tous engagés dans la lutte contre la surexploitation des mers. 

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Première table ronde lors de la conférence « Un seul océan : enjeux et solutions ». De gauche à droite : Brice Lalonde, Gilles Boeuf, Françoise Gaill, Jérôme Bignon et Daniel Pauly.

© F. Pacorel/Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco

Lors de son intervention, le biologiste Daniel Pauly, connu pour son travail dans le cadre du projet « Sea Around Us » à l’Université de la Colombie-Britannique, a souligné que l’actuel effondrement des stocks de poissons au niveau mondial pourrait être enrayé grâce à la mise en place de vastes réserves marines hautement protégées car celles-ci aident à protéger les écosystèmes marins. « La pression sur les stocks de poissons n’a cessé d’augmenter dans le monde, avec pour conséquence un déclin constant des captures de pêche depuis 1996 », a-t-il précisé. Les réserves marines hautement protégées sont un moyen, selon lui, d’inverser ce phénomène.

Gilles Boeuf, conseiller spécial auprès de la ministre française de l’Ecologie Ségolène Royal, a lui aussi tiré la sonnette d’alarme : « sans l’océan, il n’y a pas d’avenir pour l’humanité ».

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Deuxième table ronde lors de la conférence. De gauche à droite : Cédric Marteau, Nicole Aussedat, Peter Horn, Stéphan Beaucher, Rémi Parmentier, Philippe Cury et Glen Wright.

© 2009 National Geographic

Pour Philippe Cury, directeur de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), le chalutage en eaux profondes « a quasiment tout détruit » en mer Méditerranée, l’une des régions où la raréfaction de la ressource a eu de lourdes conséquences sur le secteur de la pêche. Il a ajouté que les réserves marines peuvent contribuer à limiter les effets du changement climatique sur l’océan dans la mesure où il pourra mieux s’y adapter si d’autres formes de pressions, comme la pêche industrielle, sont réduites.

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Les très grandes réserves marines « permettent de reconstruire des écosystèmes entiers », a souligné Brice Lalonde. A ses côtés, Serge Ségura, ambassadeur français en charge de l’océan.

© F. Pacorel/Institut océanographique, Fondation Albert Ier, Prince de Monaco

Grâce à l’action menée par la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal, la France a étendu la superficie de sa réserve naturelle dans les Terres australes en décembre dernier – multipliant ainsi par cinq le pourcentage d’eaux françaises hautement protégées pour atteindre 1,3%. La ministre a également annoncé la création d’une aire marine protégée au large de l’île de Clipperton, un territoire français situé à 1 000 kilomètres à l’ouest de Mexico, en plein océan Pacifique. 

Soutenant lui aussi le développement de protections marines, l’ancien ministre de l’Environnement Brice Lalonde a tenu à souligner que les grandes réserves marines « commencent à montrer leur efficacité » et qu’elles « permettent de reconstruire des écosystèmes entiers ». Selon lui, la technologie – satellitaire notamment – nous permet aujourd’hui de pouvoir surveiller efficacement ces zones et de lutter contre la pêche illégale.

Forte de ses récentes victoires en matière de protection de l’océan, la France pourrait poursuivre son action en préservant, pour les générations à venir, d’autres larges zones marines dans ses territoires d’outre-mer. Mais au vu des menaces sérieuses qui pèsent actuellement sur l’océan, la France doit saisir cette opportunité sans tarder si elle veut avoir une chance de conserver son patrimoine océanique pour le bien des citoyens, de l’économie et des espèces marines sur la planète. 

Matt Rand dirige le projet Pew Bertarelli Ocean Legacy, et Nicole Aussedat travaille comme chargée de mission pour le projet.

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Our Blue Planet–Protecting the Ocean

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Three-quarters of our planet is covered with water—and it’s this water that sustains life. But our liquid planet, home to half of the world’s known creatures and plants, is facing multiple threats, such as overfishing and commercial development. That’s why leading scientists say that 30 percent of our oceans should be protected. Host Dan LeDuc explores why this 30 percent data point is important with two people committed to safeguarding the oceans: native Hawaiian Sol Kaho’ohalahala, whose culture and livelihood depend on sustainable seas; and Matt Rand, who directs the Pew Bertarelli Ocean Legacy Project and has been working with people like Kaho’ohalahala since 2006 to keep our oceans healthy.